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Ce blog a pour but de proposer diverses reflexions que m'inspire la série Buffy the Vampire Slayer, qui à mes yeux est un petit chef d'oeuvre de la culture populaire. Il n'y aura pas d'infos à proprement parler (pour ça il existe une déjà kyrielle de sites sur la toile) mais plutôt une approche personnelle de la série, la réponse à pourquoi ce qui n'est a priori qu'un simple programme de télévision a su autant me captiver.

Lundi 12 septembre 2005

Mis à part qu’ils sont tous les deux des vampires, Angel et Spike ont aussi peu de points communs qu’il est possible d’avoir. C’est une volonté délibérée des scénaristes, surtout à partir de la quatrième saison : ils ne voulaient pas faire de Spike un deuxième Angel. Cependant au bout de 7 saisons, il est clair qu’ils sont deux pièces d’un même puzzle.

 

Trop dissemblables pour ne pas être antagonistes, ils sont néanmoins liés par un axe triangulaire dans pas moins de 4 triangles tout au long de la série : deux triangles majeurs romantiques et deux triangles mineur d’alliances / opposition.

 

Trois de ces triangle, logiquement visibles lors de la seconde saison, serviront de base au reste de la série. Le premier d’entre eux, qui n’apparaît qu’au milieu de la S2 (à partir d’Innocence ) mais qui chronologiquement est celui dont découlera tous les autres est le triangle romantique majeur Angelus / Drusilla / Spike. Puis on retrouve les deux triangles mineurs, respectivement au début de la deuxième saison (en particulier dans What’s my line p1&2) : Spike allié à Drusilla opposé à Angel et à la fin de la seconde saison (Becoming II) : Spike allié à Buffy opposé à Angelus.

 

L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais en faisant revenir Spike en tant que personnage régulier à partir de la quatrième saison, la forme du triangle prend toute sa signification dans le développement du personnage de Spike et dans la mise en relief du personnage d’Angel.

 

En effet, à partir de Pangs (saison 4, épisode 8), le second triangle romantique majeur, Angel / Buffy / Spike, se met en place. Dans cet épisode, on voit Angel roder autour de la maison de Gilles où les scoobies s’apprêtent à fêter Thanksgiving. Il restera tout l’épisode à l’extérieur, n’établissant jamais le contact avec Buffy, alors que dans le même temps Spike est au milieu des scoobies, ligoté certes, mais ligoté dans le séjour. Spike participe même au repas. Il y a une passation de rôle entre Angel et Spike, une passation accentuée deux ans plus tard dans les premières minutes de Bargaining p1 (Saison 6, épisode 1). Dans le traditionnel " Dans les épisodes précédents ", il y a un segment consacré à Angel, chose étrange puisqu’il a quitté la série depuis deux ans et que la S6 est la seule saison sans crossover avec la série Angel. Il est vrai que l’ombre d’Angel plane sur les 4 dernières saisons de BTVS malgré l’absence physique du personnage, cependant ce segment n’a de sens que parce qu’il est immédiatement suivi d’un segment sur Spike et que le Spuffy (dont la mise en place a duré deux ans) débute réellement lors de cette sixième saison. Le Spuffy est directement lié au Bangel.

 

En étant engendré le premier, Angel à toujours une longueur d’avance sur Spike. Angel est le premier à devenir un vampire, il est premier à avoir une relation avec Drusilla, puis avec Buffy et il est le premier à retrouver son âme. Spike marche sur les traces d’Angel, il connaîtra les même étapes mais en empruntant à chaque fois un chemin différent de celui d’Angel.

 

Angel a engendré Drusilla, Spike a été engendré par Drusilla. Angel tombe amoureux de Buffy presque dès le premier regard. Leur relation, essentiellement platonique par la force des choses, est basée sur un romantisme exacerbé par la tragédie qui les guette au moindre faux pas. C’est un exemple parfait de l’amour impossible qui, malgré le retour d’Angelus, gardera toujours une certaine pureté. Spike tombe amoureux de Buffy progressivement jusqu’au moment où il se rend compte que s’il est obsédé par Buffy ce n’est pas parce qu’il veut la tuer mais parce qu’il l’aime. Leur relation dans la S6 est avant tout une relation basé sur le désir sexuel. Là où l’amour d’Angel était partagé par Buffy, l’amour de Spike (avant la 7ème saison) est à sens unique. De plus, ce dernier aime Buffy sans aucun doute, mais c’est un amour obsessionnel, dangereux qui laisse toute la marge nécessaire à Buffy et à Spike de s’engager dans une relation destructive, violente et malsaine (pas tant au niveau de la relation sexuelle en elle-même d’ailleurs qu’au niveau des motivations qui poussent les deux personnages à avoir cette relation).

 

D’une certaine façon le Spuffy commence là où le Bangel fini, c’est à dire au moment où Angel boit le sang de Buffy dans Graduation p2 (saison 3, épisode 22). Cette scène est tournée comme un acte sexuel et dans les 3 premières saisons c’est certainement la scène filmée de façon la plus érotique. Et il faudra attendre Smashed (saison 6, épisode 9), soit le début de la relation entre Buffy et Spike pour retrouver un niveau d’érotisme comparable. Il semble que Whedon et son équipe se soit souvent servi de l’érotisme pour dissocier un acte sexuel d’un sentiment amoureux. Par exemple, la scène où on voit Buffy et Angel faire l’amour dans Innocence (saison 2, épisode 14) possède de toute évidence une recherche esthétique mais elle n’est pas érotique. Quant aux scènes où Buffy et Riley font l’amour, c’est toujours assez détaché : ils sont un couple, ils ont des sentiments l’un pour l’autre, donc logiquement ils couchent ensembles.

 

Quand Angel boit le sang de Buffy ce n’est pas un acte d’amour, c’est un acte de survie. Buffy, pour forcer Angel à boire ne fait pas appel aux sentiments qu’a le vampire pour elle, elle fait appel au démon qui est en lui, à sa part la plus sauvage. Si pour Buffy et Angel ce genre de rapport est la confirmation qu’ils ne peuvent plus aller plus loin ensemble (leur amour est trop idéalisé, trop pur pour leur permettre d’explorer plus en avant un terrain aussi dangereux. Ils s’aiment trop pour accepter de se mettre autant en danger l’un l’autre), pour Buffy et Spike c’est le seule genre de relation qui leur est accessible pendant la S6. Parce que même si Spike est en pleine recherche d’identité, il n’a pas encore d’âme et parce que Buffy est en pleine dépression. Durant cette période on peut qualifier le Spuffy de passionnel mais on ne peut pas le qualifier de romantique. Lorsque Spike récupère son âme, le Spuffy évolue et peut enfin devenir romantique.

 

En parlant d’âme, la façon dont les deux vampires la récupère est encore une fois complètement différente. Pour Angel, c’est une malédiction qu’il ne contrôle pas. Il n’a pas le choix et le changement de personnalité que provoque le retour de son âme est tellement brutal qu’il a deux versions de son nom pour indiquer la différence entre ses deux états. Angelus est un démon, Angel est un champion. Spike lui prend la décision d’aller récupérer son âme, ce qui demande que Spike ait déjà commencé à se détacher de son état de monstre même sans âme. Cette décision s’inscrit dans l’évolution de son personnage : il est passé de Spike à Spike version puce à Spike version âme et c’est pour ca que la différence qu’amène l’âme au personnage est nettement moins flagrante que pour Angel et qu’on ne le désigne pas par un nouveau nom dans la S7. Il n’y a pas eu de cassure nette entre deux états mais un changement progressif.

 

Une fois que Spike a retrouvé son âme, il fait enfin jeu égal avec Angel, voir le dépasse d’une certaine façon puisqu’il y a peut de chance que Spike perde son âme. Ce qui se ressent dans le Spuffy qui pour le coup devient encore plus platonique que ne l’était le Bangel. C’est évident dans les trois derniers épisodes de la série. Ils s’aiment. Pour Spike on en a jamais douté et pour Buffy, elle a mis trop de temps à lui dire pour qu’on puisse penser que sa déclaration dans Chosen (saison 7, épisode 22) soit des paroles en l’air. Spike et Buffy viennent de passer une nuit ensemble dans Touched (saison 7, épisode 20). Ils se sont juste tenus dans les bras l’un dans l’autre, ils n’ont même pas échangé un baisé et pourtant c’est la plus belle nuit de la vie de Spike, et une nuit qui a compté énormément pour Buffy. Quand Buffy dit à Angel que Spike n’est pas son petit ami, elle ne ment pas dans la mesure où si les sentiments de Spike et Buffy sont bien réels ils ne forment même pas un couple dans le sens basique du terme. Le seul moment où ont pourrait les considérer comme tel (l’ellipse narrative où Buffy va rejoindre Spike lors de la nuit avant le dernier combat) est laissé volontairement dans le flou par Whedon pour qu’on ne puisse pas affirmer si oui ou non ils ont fait l’amour. Le sexe est totalement évacué du Spuffy dans les derniers moments de leur relation. Le Spuffy se termine là où le Bangel a commencé : le romantisme le plus pure.

 

La boucle est bouclée. Cependant, Whedon ne résiste à une dernière opposition entre Spike et Angel. Du point de vue de Buffy, le sacrifice de Spike dans Chosen fait échos au sacrifice d’Angel dans Becoming II (saison 2, épisode 22). Dans les deux cas elle doit perdre le vampire qu’elle aime pour que le monde soit sauvé. Il y a d’ailleurs une reprise de la thématique visuelle des gestes des mains entre les deux scènes mais les mouvements sont différents : si dans Becoming II Buffy sacrifie Angel qui à ce moment là ne comprend pas vraiment ce qui se passe (la main tendue d’Angel vers Buffy qui recule), dans Chosen elle ne fait qu’accepter le choix de Spike de se sacrifier (les mains jointes de Buffy et Spike qui s’enflamment).

 

Angel et Spike : une variation sur un même thème, ou comment arriver au même endroit en empruntant deux trajectoires différentes. Angel le pionner qui a ouvert la voie à Spike. Spike qui tout en s’appuyant sur le parcours d’Angel s’est tracé son propre chemin. Et Buffy, qui dans les deux cas à su leur servire de guide. Buffy à son souvent servi de muse pour ses amis (et en retour ses amis furent une ses principales forces) mais c’est certainement avec Angel et Spike que cette facette de Buffy (et cet échange de force) a été la plus mise en valeur.

 
Par elimor - Publié dans : buffymusing
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Lundi 29 août 2005

BTVS a beau accumuler les symboles et les thèmes liés au christianisme et à la divinité, la série n’est pas moins remarquablement athée.

 

Les objets de cultes les plus présents tout au long de la série sont certainement la croix et l’eau bénite. L’eau bénite est présentée sous forme de flacons qui s’achètent à la boutique de magie du coin (jamais les personnages de BTVS n’entre en contact avec des prêtres pour se la procurer). Les croix elles, sont omniprésentes : de toutes les tailles (du pendentif discret à des croix de la taille d’un homme), en bois, en pierre ou en argent. Par contre le Christ n’est jamais représenté sur les croix et personne ne s’interroge sur le fait que les croix semblent marcher sur tous les vampires. En fait les croix et l’eau bénite sont surtout des armes (pas les plus efficaces d’ailleurs puisqu’elles blessent seulement) contre les vampires au même titre que les pieux, la décapitation, le soleil et le feu. Elles sont d’autant plus détaché de leur symbolique religieuse qu’elles n’ont aucun effet sur les autres démons (qui sont pourtant aussi des représentations du mal). Dans BTVS les personnages se servent de ce qui marche pour combattre leur adversaire du jour et dans le cas des vampires, croix et eau bénite font partie de la panoplie. Point barre.

 

Paradis et Enfer existent dans BTVS mais pas sous leur forme biblique. Il serait plus juste de dire que des enfers et des paradis existent : ce sont tout bêtement des dimensions parallèles et on n’a même pas besoin d’être mort pour se retrouver dans une dimension infernale (on en rencontre deux dans la série : la dimension où est envoyé Angel lorsque Buffy stoppe Acathla et la dimension où se retrouve Buffy lorsqu’elle fugue à Los Angeles). Par contre se retrouver dans une dimension paradisiaque semble bien relever d’une récompense après la mort. Néanmoins la saison 6 qui voit la résurrection de Buffy développe une idée typiquement athée (que Michel Onfray a d’ailleurs très bien exprimer dans son récent Traité d’Athéologie, livre très intéressant même si parfois radical) : le concept du Paradis est une entrave qui paralyse plus qu’il n’aide à vivre. Pourquoi s’embêter à vivre si de toute manière le paradis nous attend après la mort ? A quoi bon lutter, a quoi bon continuer à se débattre dans une vie pas toujours facile si on a qu’à attendre tranquillement que ca se passe sans faire trop de mal autour de soi pour connaître une éternité de bonheur ? Ce qui est une vision de la vie comme une autre après tout, mais qui ne favorise pas vraiment l’idée d’une quelconque lutte pour améliorer l’humanité. Le concept du Paradis est le prétexte idéal pour ne pas chercher à se révolter et créer une société meilleure de son vivant puisque qu’après la mort tout ira bien. Evidement si on enlève l’existence d’un paradis ou toute autre notion de vie après la mort, l’optique est complètement différente : mieux vaut se bouger pour que la vie en générale (pour éviter de donner priorité à sa vie au détriment de la vie la vie des autres, ce qui permet d’instaurer la notion d’un bien commun qui englobe toute l’humanité. Evitons de tomber dans un nihilisme facile et à la mode qui n’apporte pas grand chose non plus) soit le plus agréable possible parce de toute manière c’est la seule forme d’existence que nous aurons jamais. Et tout d’un coup l’idée d’œuvrer pour un monde meilleur devient très motivante. Bien plus motivante que lorsqu’on s’accroche à la notion de Paradis. Enfin de compte le Paradis est une des idées les plus dangereuses que les religions aient inventé.

Buffy ne supporte plus la vie après avoir connu le paradis. Elle n’a plus envie de lutter, elle se bat par automatisme et non plus par conviction. Elle fait semblant de vivre en attendant d’avoir de nouveau l’occasion de mourir durant tout le début de la saison. Il faudra attendre la fin de la saison pour qu’elle retrouve un intérêt à la vie, tout ca parce qu’elle a passé 3 mois au paradis. Ces 3 mois furent peut-être les 3 mois les plus heureux de sa vie, le problème c’est que pendant ces 3 mois, elle n’était justement pas en vie. Le paradis n’a pas aidé Buffy à vivre, il l’a emprisonné dans une dépression et il lui a gâché un an de son existence, le temps qu’elle arrive à se détacher du concept. Le Paradis, quand on n'est pas mort, c’est un fardeau.

 

Les déités et essences divines connaissent diverses représentations dans la série. Hécate, Osiris et autres déités mythologiques sont invoqués dans les rituels magiques. Glory, le big bad de la saison 5, est une déesse échappée d’une dimension démoniaque qui aurait très bien eu sa place au côté des dieux de la mythologie grecque. Elle est surpuissante, inhumaine, capricieuse et complètement centrée sur elle-même. Elle est une déesse, certes, mais elle n’a aucune caractéristiques divines au sens chrétien du terme. Les seules puissances divines de BTVS sont plus suggérées que réellement présentes : On sait que Whistler (Becoming p1et 2) est un envoyé des puissances supérieures et on suppose que ces même puissances supérieures sont à l’origine de la tempête de neige qui sauve Angel au matin du 25 décembre dans Amends (Saison 3, épisode 10). Ces puissances supérieures sont plus présentes dans la série Angel, ce qui explique certainement pourquoi les deux seules fois où elles jouent un rôle dans BTVS, ca a un rapport direct avec Angel. La présence de ces dieux ou essences divines dans la série rend encore plus notable l’absence de certains éléments : il y a des dieux mais pas de culte. Aucun des personnages principaux ne prie dans BTVS, ils ne comptent jamais sur une intervention ou une protection divine pour les aider dans les moments difficiles. On sait que Willow est juive mais ca ne joue jamais un rôle déterminant, rien n’indique qu’elle est pratiquante ou même croyante (ses parents oui, mais pour elle ce n’est jamais précisé) et c’est le seul personnage pour qui l’appartenance à une communauté religieuse (au sens large) est indiquée. Les personnages de BTVS manque cruellement de l’élément central de toute religion : la foi. Ils ne croient pas en Dieu ou même en un dieu. D’ailleurs au bout de 7 ans, Buffy est toujours incapable de se prononcer sur la question de son existence :

Holden : Oh, well, you know, not my God, because I defy him and all of his works, but—Does he exist? Is there word on that, by the way? ( Non pas le mien, je lutte contre l’œuvre de Dieu, mais - Est-ce qu’il existe ? Il y a des preuves ?)

Buffy : Nothing solid. (Rien de concret)

(Conversation with Dead People. Saison 7, épisode 7)

Etonnant pour une nana qui a été faire un tour en enfer et au paradis. Mais ca s’inscrit parfaitement dans la logique d’une série fantastique qui s’appuie sur la mythologie occidentale pour une partie de ses intrigues mais qui est fondamentalement athéiste. Tout les symboles religieux sont finalement au même niveau que les vampires, loup-garou, sorcières ou autres démons : ils font partie de la mythologie du Buffyverse, ce sont des éléments fantastiques mais ils n’ont rien de sacrés et leur existence ne justifient pas la nécessité d’une religion ou d’une foi dans une entité divine.

Par elimor - Publié dans : buffymusing
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Lundi 22 août 2005

De l'allégorie de la caverne de Platon à Matrix, notre culture a souvent développé l'idée que la réalité était à découvrir. Que la réalité que nous percevons soit une illusion ou non, le principe semble être que la réalité existe en dehors de nous, qu'elle ne dépend pas de nous. Et si par hasard notre perception de la réalité change, ce n'est pas parce que la réalité a changé mais parce que nous avons changé notre façon de la percevoir.

Dans l'épisode Life serial (saison 6, épisode 4) Buffy, essayant de reprendre ses études à l'université assiste à un cour de sociologie. Buffy, déstabilisée par son retour récent à la vie et le fait qu'elle ait arrêté ses études depuis quelques mois déjà, ne comprend rien au cour. Nous non plus d'ailleurs, puisque le but de cette scène est de nous faire ressentir à quel point Buffy est larguée. Cependant ce cour aborde le thème de la réalité. Voila la retranscription de cette scène :

MIKE: Social Construction of Reality. Who can tell me what that is? (many students raise their hands including Willow) Rachel. (La construction sociale de la réalité. Qui peut me dire ce que c’est)
RACHEL: A concept involving a couple of opposing theories, one stressing the externality and independence of social reality from individuals. (Buffy looks confused) (un concept qui implique deux théories opposées, l’une qui souligne l’indépendance et la nature externe de la réalité sociale par rapport à l’individu)
MIKE: And the flip side? (many hands raised) Steve? ( Et de l’autre côté ?)
STEVE: That each individual participates fully in the construction of his or her own life.
(Que chaque individu participe complètement à la construction de sa vie)
MIKE: Good, and who can expand on that? (hands) Chuck?
(Bien, qui peut développer sur ça ?)
CHUCK: Well, those on the latter side of the theoretical divide stress... (et bien, les défenseurs de la seconde théorie impliquent que…)
BUFFY: (leans toward Willow and whispers) Will, I'm not following this too well.
WILLOW: Oh. The trick is to get in the rhythm, kinda go with the flow. (raises her hand)
BUFFY: Flow-going would be a lot easier if your classmates weren't such big brains.
WILLOW: (hand still raised) Buffy, that's ridiculous! They are no smarter than you or me.
MIKE: (O.S.) Willow.
WILLOW: (lowers hand, speaks to Mike) Because social phenomena don't have unproblematic objective existences. They have to be interpreted and given meanings by those who encounter them.
(Car les phénomènes sociaux n’ont pas d’existence objective. Ceux qui y sont confronté doivent les interpréter et leur donner un sens)(Buffy stares at Willow)
MIKE: (O.S.) Nicely put. So, Ruby, does that mean there are countless realities?
(Joliment dit. Donc, Ruby, est-ce que ca veut dire qu’il y a une quantité innombrable de réalités ?)
WILLOW: (notices Buffy's look) What?

L'université n'est pas toujours présentée sous un jours favorable dans BTVS, et on ne peut supposer que ce qui est dit dans les cours montrés à l’écran rejoigne les opinions des scénaristes. Cependant il est intéressant que l’un des cours présenté de façon le plus neutre dans la série est pour thème la construction de la réalité.

 

La réalité est plusieurs fois déconstruite et reconstruite dans BTVS. Au moins 3 épisodes sont un jeu avec des univers alternatif s: la réalité est temporairement modifiée dans Halloween (saison 2, épisode 6), The Wish (saison 3, épisode 9) et Tabula Rasa (saison 6, épisode 8). Dans Halloween et Tabula Rasa, l’altération n’a de conséquence que pour le groupe de personnage de la série. Dans le premier cas, leur identité est remplacée par une autre et dans le second ils oublient leur identité.

Dans Halloween, Buffy et Xander ne garde aucun de leur trait de caractère, laissant penser que la personnalité est une construction qui ne précède pas mais qui au conrtaire dépend de l’histoire et de l’environnement de la personne.

Dans Tabula Rasa, certains personnage sont capables de retrouver les liens affectifs réels qui les lient aux autres membres du groupe. Gilles, lui n’en est pas capable. Les deux liens qu’il pense avoir (fiancé à Anya et père de Spike / Randy) sont faux. Sa déconnexion de ses liens affectifs réels préfigure son départ. Tout comme le fait qu’Anya et Xander ne retrouve pas leur attachement l’un à l’autre préfigure l’échec de leur relation. A l’opposé Buffy et Dawn sont capable de déduire qu’elles sont sœurs (un attachement qui ne se démentira jamais dans la série), et Willow et Tara sont attirées l’une par l’autre (leur rupture n’a jamais été une question de manque d’amour). Spike, en pleine confusion sur ce qu’il est pendant la saison 6, ne comprend pas qu’il est un vampire. Le cas de Buffy, qui se rend compte très vite de sa nature de tueuse mais qui ne retrouve pas son nom réel, met en évidence que si la tueuse est bien revenue à la vie ce n’est pas encore le cas de la jeune fille. Dans Tabula Rasa, ce n’est pas parce que la réalité a été oubliée qu’elle n’existe plus. De toute évidence elle a une existence par elle même, reste a savoir ce qui défini cette existence.

Dans The Wish, l’altération concerne le Buffyverse dans son entier. Les personnages restent identiques à eux même au départ. Mais leur évolution est complètement altérée car un événement fondamental est différent. Des 3 univers alternatifs, c’est le seul à qui est donnée une existence réelle grâce à l’épisode Doppelgangland (saison 3, épisode 16). Que ce soit dans un passé ou dans un présent parallèle, cette réalité existe puisqu’un de ses éléments (en l’occurrence un personnage) est amené dans le Buffyverse que nous connaissons. Dans The Wish la réalité semble défini en grande partie des circonstances. Le changement de circonstances ne rend pas une réalité moins vraie que l’autre (aucunes des deux n’est une illusion), il les rend juste différentes.

 

A côté de ces 3 épisodes il y a 3 cas où la frontière entre réalité et illusion semble inexistante : la nature de Dawn, l’épisode Hell’s Bell (saison 6, épisode 16) et l’épisode Normal again (saison 6, épisode 17).

 

Le personnage de Dawn peut être étudié à 3 niveaux. Au niveau narratif c’est l’introduction brillante d’un nouveau personnage. Les scénaristes ont réussi à créer de façon crédible, en cours de série, une sœur à Buffy alors que cette dernière est présentée pendant les 4 premières saisons comme fille unique. Au niveau métaphorique, Dawn sert à représenter les problèmes liés à l’adoption. A un niveau plus philosophique, Dawn est une réflexion sur la réalité.

Dans No place like home (saison 5, episode5) on apprend que Dawn est en réalité une énergie mystique, une clé qui ouvre un portail entre les dimensions. Dawn la petite sœur de Buffy n’est qu’une illusion créée par les moines qui ont envoyé la clé à Buffy. Cette illusion a pour but de s’assurer que la tueuse protège au maximum de ses possibilités la clé. Etrangement c’est à partir du moment où on apprend que Dawn est une illusion que Buffy commence à la considérer comme sa sœur avant tout. Dans Blood Ties (saison 5, épisode 13) Dawn apprend sa vraie nature et ne sait plus comment se considérer. Buffy la rassure en étant très claire à la fin de l’épisode :

BUFFY: Are you okay? Did she hurt you?
DAWN: Why do you care?
BUFFY: Because I love you. You're my sister. (Parce que je t’aime. Tu es ma sœur)

DAWN: No I'm not.
(Non je ne le suis pas)
BUFFY: Yes you are.
(Lifts Dawn's arm, so we can see her arm and hand are still bloody) Look, it's blood. It's Summers blood. (Si tu l’es. Regarde, c’est du sang. Du sang de Summers)
Buffy presses her hand against the tire-iron wound on her shoulder, wincing a little. She clasps her bloody hand in Dawn's bloody hand.
BUFFY: It's just like mine. It doesn't matter where you came from, or, or how you got here. You are my sister. (pause) There's no way you could annoy me so much if you weren't. (Exactement comme le mien. Ca n’a pas d’importance d’où tu viens, ou comment tu es arrivée ici. Tu es ma sœur …)

Buffy choisit de privilégier l’illusion (la sœur) par rapport à la réalité (la clé) et incite Dawn à faire de même. A partir de ce moment Dawn la sœur, va devenir de plus en plus réelle au détriment de la clé. Dawn et les spectateurs ont la preuve définitive du changement de la nature de Dawn aux yeux de Buffy après la mort de Joyce. Buffy prend soin de Dawn comme d’une grande sœur qui endosse le rôle de mère de substitution. Les liens familiaux qui sont établis n’ont aucunes failles. Encouragée par l’attitude de Buffy, Dawn se considère plus comme une adolescente que comme une clé. C’est parce qu’elle rejette sa nature de clé qu’elle cherche à échapper au rituel à la fin de la cinquième saison. Dans The Gift (saison 5, épisode 22), Dawn la sœur est plus réelle que la clé et c’est pour ca que le sacrifice de Buffy à un sens. Buffy ne saute pas pour une clé mais pour sa sœur. En fait Buffy saute parce Dawn est sa sœur et non la clé. Et ce sacrifice annule la réalité de la clé, au début de la saison 6, il ne reste que Dawn la sœur. Dans Bargaining p1 (saison 6, épisode 1) Dawn dit : "I'm not the key. Or if I am, I don't open anything any more. It's over." (Je ne suis pas la clé. Ou si je le suis, je n’ouvre plus rien. C’est fini). On aurait été dans Matrix, par exemple l’illusion aurait été combattue et si possible détruite. Mais on est dans BTVS. Et Dawn l’illusion est devenue la réalité car Buffy puis Dawn et ensuite le reste de scoobies ont choisit ce qu’ils voulaient que la réalité soit. La réalité a été définie par un choix conscient des personnages.

 

Dans Hell’s Bell, un démon, qui se fait passer pour un Xander plus âgé qui vient du futur, montre au Xander actuel ce que sera son futur. Ce futur est illusion puisqu’il a été inventé par le démon dans le but d’empêcher le mariage et de se venger d’Anya. Xander sait que ce n’est qu’une illusion pourtant il décide que ce futur pourrait être réel et c’est sur cette possibilité de réalité qu’il décide de ne pas se marier. Là encore un personnage à fait le choix de privilégier l’illusion à la réalité en sachant qu’est-ce qui est l’illusion et qu’est-ce qui est la réalité. Xander a choisi ce qu’il considérait être la réalité.

 

Dans Normal Again, Buffy doit choisir entre un monde où elle est la tueuse et un monde où elle est enfermée dans un hôpital psychiatrique. Le spectateur serait tenté de croire que le monde de l’hôpital psychiatrique est une illusion. Pourtant deux éléments empêchent une affirmation aussi catégorique : le titre et la scène finale. Normal again (à nouveau normale) a plus de chance de s’appliquer à une jeune fille qui émerge de son délire schizophrénique qu’à une tueuse qui souffre d’illusions. Et l’épisode se fini sur une scène à l’hôpital psychiatrique, alors que Buffy a décidé de rester dans le monde de Sunnydale, semblant ainsi indiquer que l’hôpital existe en dehors de l’univers de Sunnydale. En fait l’épisode est volontairement ambigu car ce n’est pas à lui ou au spectateur de choisir ce qui réel ou non, c’est à Buffy de le faire. Seul son choix importe et c’est parce qu’elle choisit l’univers où elle est une tueuse qu’elle donne sa réalité au Buffyverse. Buffy encore une fois à fait le choix de ce qu’était la réalité.

 

Au vu de ces différents exemples on peut conclure que la réalité dans le Buffyverse à une existence propre. Cependant cette existence est défini par les circonstances mais surtout pas les choix des personnages. Ce que les personnages décident de percevoir comme réel devient plus important que ce qui est supposé être vraiment la réalité. C’est la réalité qui s’adapte aux personnages et non pas les personnages qui découvrent la réalité.

Par elimor - Publié dans : buffymusing
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Vendredi 19 août 2005

Il est difficile de passer à côté de la tonalité féministe de BTVS. Après tout, c'est pas tous les jours dans la culture populaire qu'on peut voir une femme sauver le monde grâce à ses supers pouvoirs (supers pouvoirs nettement plus volontiers attribués à des hommes). Si en plus la mission première de la super héroïne est de combattre les vampires, soit les prédateurs sexuels par excellence (la morsure d'un vampire est trop souvent codée comme un acte sexuel dans les œuvres qui leur sont consacrées, pour que la fait de mordre des victimes, par définition non consentantes, ne soit pas codé comme un viol), on a pas besoin d'être un génie pour comprendre que le thème du pouvoir des femmes est au centre de la série.

Dans BTVS, les personnages féminins marchent souvent sur des plates bandes réservées normalement aux hommes. Il y a de nombreux cas d'inversions des rôles traditionnels. Ca commence dès la première scène du premier épisode de la série, où l’on voit un couple d’ado qui s’aventurent de nuit dans les couloirs du lycée. L’atmosphère est inquiétante, et on s’attend à ce que la jeune fille soit bientôt poursuivie par un monstre. Surprise, la jeune fille (Darla) est le monstre et elle s’empresse de boire le sang du garçon et de le tuer.

Après il y a Buffy elle-même, bien sur, qui adopte un rôle la plupart du temps codé masculin. Pas tant dans le fait qu’elle soit une super héroïne finalement que dans la nature de ses pouvoirs. Après tout elle pourrait être une super sorcière comme le deviendra Willow, avoir des dons paranormaux (télékinésie, pouvoir déchaîner les éléments, un pouvoir sur le feu par exemple pourrait être très utile) mais non. Ses pouvoirs consistent essentiellement en une force physique hors du commun, une aptitude au combat et une habileté à manier les armes très au dessus de la moyenne. Les attributs classiques du guerrier en fait.

Ensuite il y a un personnage comme Faith, elle aussi une tueuse. En plus d’être une guerrière, la violence, la chasse l’excite. Elle aime ça. Elle est dominatrice. Tout comme les vampires qu’elle doit tuer, elle a tendance à être un prédateur sexuel et pas à la manière des femmes fatales. Elle ne séduit pas, elle s’impose.

A l’inverse, on a Xander, qui se retrouve souvent dans le rôle de la demoiselle en détresse. Il n’est d’aucune aide dans les combats et Buffy doit souvent le protéger ou le sauver.

Gilles, lui, a bien un rôle entièrement codé masculin, il est un mentor et un père de substitution. Et si Buffy doit venir à son secours de temps à autre, il sait se battre. Cependant ce n’est jamais en s’appuyant sur une quelconque autorité patriarcal qu’il éduque Buffy (de toute manière Buffy ne réagit pas bien à l’autorité). Leur relation est basé sur le respect, la confiance et le sens du devoir.

Cependant, le féminisme dans BTVS ne repose pas sur une simple inversion des rôles. Premièrement, parce qu’il est rare que l’inversion des rôles soit totale. Buffy, toute guerrière qu’elle soit, n’abandonne pas certaines préoccupations typiquement féminines dans les premières saisons comme faire du shopping, sortir avec ses amis ou trouver un petit ami. Plus tard, en prenant soin de Dawn elle endossera le rôle de mère (on peut pas faire plus féminin comme rôle). Dans sa relation avec Angel (tour à tour prince charmant ou monstre de la pire espèce), ce n’est pas forcément elle qui domine. Angel a parfois tendance à décider tout seul ce qui est le mieux pour eux deux. Xander, lui n’est pas tout le temps inutile dans les phases de combat. Il se retrouve avec des souvenirs militaires que seront déterminant à l’occasion (c’est lui qui a l’idée d’utiliser un lance rocket contre un démon ou qui dirige la troupe de lycéen lors de la remise des diplômes) et dans les dernières saisons il est l’homme de la maison (assez littéralement puisque son métier de maçon lui permet de réparer les nombreux dégâts que subit la maison des Summers). Spike, qui hérite d’une des inversions des rôles la plus choquante du buffyverse lorsqu’il se retrouve dans le rôle de la putain, n’abandonne cependant jamais sa nature de prédateur / chasseur (un prédateur pathétique avec cette hsitoire de puce, mais un prédateur quand même). Gilles qui n’use jamais de son autorité sur Buffy, n’hésite pas à s’en servir lorsque les intérêts de sa protégée sont en jeu (notamment face à Snyder lorsque ce dernier ne veut pas la réintégrer ou face à Spike à la fin de l’épisode Crush).

Ces inversions partielles sont certainement plus intéressantes que ne l’aurait été une inversion complète. Elles permettent une exploration de l’identité individuelle moins figée, qui ne repose plus seulement sur un type de comportement (masculin ou féminin) mais sur la possibilité d’adopter selon les situations un comportement codé féminin ou masculin. L’inversion partielle des rôles dans BTVS est une tentative de rendre la dualité homme / femme interne à chaque personnage, afin d’assouplir les frontières et les carcans de cette dualité.

 

Secondement, parce que dans la série, le féminisme repose beaucoup sur l’exploration de la relation des personnages féminins au pouvoir. Qui l’a, qui ne l’a pas, qui le veut, de quelle façon il est utilisé et dans quel mesure il est nécessaire. Buffy et Faith ont le pouvoir, Tara et Willow cherche à le conquérir, Anya commence par l’avoir, le perd, le retrouve pour le reperdre à nouveau et Dawn ne l’aura jamais (quoique que ce n’est pas vraiment exact).

Jusqu'à maintenant la plupart des thématiques féministes tournaient autour de la conquête du pouvoir par les femmes. Que ce soit le pouvoir sur elles mêmes (la possibilité de contrôler leur vie, de ne pas être asservies à la volonté des hommes) ou le pouvoir sur les autres (la possibilité d’influencer les autres que ce soit par des responsabilités envers un groupe ou une position de dirigeante). BTVS ne fait pas exception.

L’exemple le plus évident et certainement Tara. Tara est une sorcière, elle a toujours su qu’elle avait ce pouvoir, hérité de sa mère. Cependant sa famille (son père et son frère) ont voulu la garder complètement sous leur contrôle en déniant totalement que ce pouvoir pouvait être une bonne chose, en lui faisant croire qu’elle était un démon. Le problème de Tara n’était en fait pas tellement d’acquérir le pouvoir que de se servir de celui qui sommeillait en elle pour se détacher d’un environnement abusif. Pour Tara, comme pour beaucoup de femmes finalement, le problème n’est pas de savoir si elle a un pouvoir ou non mais de conquérir la possibilité de l’utiliser.

Willow a elle aussi un pouvoir qui sommeille en elle. Comme Tara, elle est une sorcière. Cependant, quand la série débute, elle ne le sait pas. Il faut attendre l’arrivée de Tara, lors de la quatrième saison pour qu’on se rende compte que Willow n’est pas en train d’acquérir un pouvoir mais qu’elle en train de découvrir le pouvoir qui est en elle. Tout comme pour Tara, le pouvoir de Willow fait partie de sa nature. Par contre la possibilité de l’exploiter à sa juste mesure fait partie de son apprentissage. Au départ, encore comme Tara, elle est surtout à la recherche du pouvoir sur elle-même. Elle veut pouvoir s’affirmer, être quelqu’un d’autre que la fille dont tout le monde se moque, prouver qu’elle n’est pas inutile et qu’il faut compter avec elle. Mais au fur et à mesure que son pouvoir grandit, elle dépasse sans vraiment s’en rendre compte le niveau du pouvoir sur elle-même pour atteindre le niveau du pouvoir sur les autres. Et c’est là que ca dérape. Elle a dépassé son but initial sans vraiment s’interroger sur les conséquences. Elle est tellement concentrer sur sa conquête du pouvoir qu’elle ne cherche pas à comprendre la nature du pouvoir. Du coup elle se laisse dominer (la magie devient une drogue) puis corrompre (Dark Willow) par le pouvoir. La conquête du pouvoir de Willow est rapide, le changement est trop brutal, elle brûle les étapes et ca fini dans une explosion de violence qui a faillit détruire de le monde. Un peu comme les révolutions. Les révolutions ne sont pas forcément une mauvaise idée, c’est parfois le seul moyen de faire enfin évoluer les choses, pour donner la première impulsion nécessaire au changement. Si les féministes n’avaient pas été radicales à un moment donné, on en serait encore au même point qu’il y a quelques décennies. Mais le radicalisme a ses limites, tout comme les révolutions. Si on ne fini pas par s’en détacher on arrive à une destruction aveugle et non pas à une évolution. Willow a été plutôt radicale dans sa façon de démontrer que le monde devait compter avec elle. Heureusement pour elle (et le Buffyverse) Xander a pu la stopper (au passage bien sur que c’est Xander et non pas Buffy qui doit stopper Willow. Si on continue avec la métaphore du féminisme, après avoir rejeter les hommes et tous ce qu’ils représentaient, il est temps que les féministes reconsidèrent la valeur qu’elles accordent aux hommes, soit quand même la moitié de l’humanité) et lui ouvrir la voie d’un chemin plus raisonnable. Un chemin où Willow ne perd pas le pouvoir qu’elle a conquis comme le prouve la fin de la septième saison. Elle a juste appris une autre façon d’envisager le pouvoir.

Dawn, Cordélia et Anya ont toutes les trois en commun de ne pas avoir un pouvoir qui leur permettent d’influencer la vie des autres. Et ce n’est pas spécialement un problème, car de toute manière la majorité des hommes n’ont pas ce pouvoir non plus. Par contre elles ont toutes les trois le pouvoir de contrôler leur vie. Je ne m’étendrais pas sur Cordélia car toute une partie de son développement se fait dans la série Angel plutôt que dans la série BTVS. Pour Dawn, élevée que par des femmes, qui plus est des femmes puissantes, ca lui vient tout naturellement en grandissant. C’est pour ca que dans Chosen, malgré le désaccord de Buffy, elle participe aux combats. Elle est assez grande pour prendre le contrôle sur sa vie, c’est donc à elle et non pas à sa sœur de décider si elle doit participer à cette bataille ou non. Lorsqu’ Anya est encore Anyanka, elle en est au même point que Willow à la fin de la saison 6. Elle a le pouvoir, mais elle s’est coupé de l’humanité. Elle se fait un devoir de venger des femmes bafouées mais elle ne fait que détruire. Puis malgré elle, elle perd son pouvoir. Forcée de renouer ses liens avec l’humanité, elle renoue des liens avec les hommes, en particulier Xander. A mesure qu’elle se recrée un image plus positive des hommes au travers de Xander (qu’elle consent à épouser) elle s’investit de plus ne plus dans la défense de l’humanité. Puis Xander la trahit et elle redevient un démon. Cependant quelque chose a changé en elle. La vengeance ne la satisfait plus comme avant. Et cette fois-ci elle choisit de renoncer à son pouvoir (sur les autres) pas à cause de sa connection à un seul homme, mais à cause des liens qu’elle a retissé avec l’humanité. Elle tourne le dos à son pouvoir car son pouvoir n’est que destruction. Au bout du compte ce n’est pas à cause de Xander qu’elle change complètement mais sans ce premier attachement positif à un homme elle n’aurait pas retrouvé son humanité.

Buffy et Faith, sont des tueuses. En tant que telles, elles ont le pouvoir. Normalement le conseil des observateurs (autorité patriarcal par excellence) a un pouvoir sur elles et décide de leur façon de mener leur vie (selon les règles des observateurs, une tueuse n’a en fait pas de vie en dehors de sa mission). Cependant elles sont trop puissantes pour ne pas se débarrasser de l’autorité du conseil très rapidement une fois qu’elles l’ont décidé. Elles n’ont pas à acquérir le pouvoir, elles n’ont pas à conquérir le pouvoir, le pouvoir est là. On a pas à se poser de question, elles l’ont aussi naturellement que pourrait l’avoir un homme. Ce n’est pas pour rien que Faith est le personnage féminin le plus codé masculin et que Buffy à la dualité interne masculine (la tueuse) / féminine (la jeune fille / femme) la plus développée. Avec ces deux personnages on s’éloigne de la thématique habituelle du féminisme, on passe à l’étape suivante : qu’est-ce que ca implique d’avoir le pouvoir, comment s’en servir  ? Buffy et Faith commence là où Willow arrive lors de la septième saison.

Faith accueille ce pouvoir à bras ouvert et en profite le plus possible. Tout comme Willow, elle ne cherche à comprendre les conséquences de ce pouvoir. Mais où Willow avait l’excuse d’être trop concentrée sur sa conquête du pouvoir, Faith fait juste preuve de négligence et fini par abuser de son pouvoir. Faith ne fait pas preuve d’un comportement typiquement masculin ou féminin, elle fait juste preuve d’un comportement typiquement humain.

Buffy, elle, est plus circonspecte. Au début de la série, elle n’est pas sur d’en vouloir de ce pouvoir. Elle se rend compte que ca risque de rendre sa vie plus compliquée. Elle aurait tendance à penser que sa vie serait plus simple sans ce pouvoir. Peut-être moins intéressante mais plus simple. Tout comme on pourrait penser que la vie des femmes il y a un siècle était plus simple, moins intéressante mais plus simple. C’est pas franchement certain que ce soit vrai, parce qu’il y a des chances que ce soit plus facile de vivre quand on a un minimum de contrôle sur vie, mais qui dit contrôle dit choix, réflexions, décisions et responsabilités. Et il est vrai que parfois ca peut être pesant. Pour Buffy ce pouvoir signifie responsabilités pour elle-même, pour les autres et pour le monde, ce qui représente un poids certain. Cependant lorsqu’elle est menacée de perdre ce pouvoir (une première lorsque à cause Kendra dans What’s my line ? p1&2, la deuxième fois dans Helpless) elle se rend compte qu’elle y tient. Grâce à Kendra puis Faith, elle comprend que son choix n’est pas d’avoir ou non le pouvoir (de toute manière ce choix-là elle n’en veut pas réellement) mais parce qu’elle à un pouvoir inamovible elle peut choisir la façon de s’en servir. Elle apprend que parfois le plus dur ce n’est pas d’avoir le pouvoir mais d’avoir le courage et la volonté de s’en servir. Buffy n’est pas forte parce qu’elle a le pouvoir, elle est forte parce qu’elle a le courage de vivre avec. Le meilleure exemple est certainement la sixième saison. Buffy passe un an en dépression, l’ombre d’elle-même, elle ne sait plus comment vivre. Il y a même des moment où elle n’a plus la force de vivre. Pourtant elle n’a jamais perdu son pouvoir. Elle n’a jamais cessé d’être la tueuse. Elle a juste cessé d’être la jeune femme qui avait la force d’être la tueuse. En contrepartie, elle apprend dans la 7ème saison, qu’elle ne peut pas demander aux autres d’être aussi fortes qu’elle si elles n’ont pas au départ le même pouvoir qu’elle. Elle ne peut pas leur apprendre à être forte sans leur donner les moyens de l’être. Force et pouvoir ne sont pas la même chose. Mais c’est plus facile (et efficace) d’exprimer sa force si on a le pouvoir de le faire. Dernière leçon, mais ca Buffy l’a toujours su, elle l’a juste oublié un temps à cause des circonstances, une personne ne se résume pas à son pouvoir et à sa force. Une femme, une fois qu’elle a le pouvoir de se servir de sa force, n’est pas obligé d’en faire toujours étalage pour rester une femme forte. Il lui suffit de s’en servir au bon moment.

Comme le dit Buffy au début de la saison 7, c’est une question de pouvoir (It’s about power). Mais la question n’est plus tant de savoir qui l’a ou non que de savoir ce que les personnages vont en faire.

 

 

Et pour finir je passe à un sujet complètement différent. Avec mon dernier article j’ai eu mon premier commentaire. Ca me fait très plaisir mais je suis un peu embarrassée car je ne sais pas très bien quels sont les usages pour répondre aux commentaires. Comment peut-on pour créer un dialogue sur l’article plutôt qu’un échange de bons procédés ou chacun laisse un commentaire sur le blog de l’autre ?

 
Par elimor - Publié dans : buffymusing
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Mercredi 17 août 2005

Si les personnages sont toujours en évolution dans BTVS, il y a certains éléments qui restent très stables. Ces éléments servent souvent de balises aux scénarios.

Il y a tout d'abord une unité de lieu assez forte. Il doit n'y avoir qu'une dizaine d'épisodes sur toute la série qui proposent des scènes (seulement des scènes, jamais un épisode entier) qui se déroulent ailleurs qu'à Sunnydale, et encore dans ces 10 épisodes je compte ceux qui contiennent des flash-back historiques. Et si au cours des ans on est amené à découvrir une bonne partie de la ville, certains lieux sont automatiquement associés à des actions qui reviennent dans presque tous les épisodes. Qui dit patrouille dit cimetière, qui dit recherche dit bibliothèque (S1-S3), appartement de Gilles (S4),Magic box (S5 et S6) et maison des Summers (S7, de toute manière la maison des Summers est le lieu centrale de la S7) et qui dit sortir le soir dit Bronze.

Ensuite certains développements scénaristiques sont repris plusieurs fois et deviennent des règles quasiment immuables du Buffyverse.

- L'anniversaire de Buffy est toujours une catastrophe

- Halloween est censé être un jour de trêve pour les activités démoniaques, sauf qu'il y a toujours quelqu'un pour oublier cette règle.

- Si Xander plaît à une femme c'est que cette femme est un démon.

- Le gag autour de la phobie des lapins d'Anya revient au moins une fois par an.

- Tous les pères sont des nazes. Pas un pour racheter l'autre. Sauf Gilles, mais ca doit être parce qu'il n'est qu'un père de substitution.

- Aucune histoire d'amour des 4 personnages principaux ne peut finir bien. Jamais. Pas de bonheur en amour pour eux sur le long terme et quand ca fini c'est toujours dans des conditions dramatiques.

 

Au delà de ces balises qui apportent une certaine permanence, les scénaristes ont réussi un univers souvent cohérent grâce à deux procédés : les annonces et la continuité.

Les annonce sont des indices (cryptiques) sur certains événements majeurs à venir.

- L'arrivée de Dawn (premier épisodes de la 5ème saison) est annoncée 3 fois dans des rêves prophétiques entre la fin de la saison 3 et la fin de la saison 4

- La mort de Buffy dans The Gift (saison 5, épisode22) est annoncée au moins 3 fois, elle aussi, à partir de la fin de la troisième saison.

- L'homosexualité de Willow que l'on ne découvrira que vers le milieu de la quatrième saison est annoncée dans la saison 3.

- L'épisode Restless (saison 4, épisode 22) par sa nature même (une étude de personnage) annonce une bonne partie de ce qui va se passer dans les 3 saisons suivantes. En fait Restless est un épisode nettement plus compréhensible lorsqu'on le regarde après avoir vu toute la série.

Si Whedon et son équipe de scénaristes ont su prévoir à l’avance les grandes lignes de l'histoire, ils ont été aussi très doués pour s'appuyer sur ce qui s'était déjà passé. Certains éléments apparemment mineurs peuvent prendre de l'importance des années plus tard. Tout comme certains personnages très, très secondaires.

Amy par exemple, est un personnage d'un épisode de la premier saison. Dans Gingerbread (saison 3, épisode 11) elle est transformée en rat et reste dans cet état pendant 3 ans. Elle est dératisée pour quelques secondes dans la saison 4, définitivement dans la 6ème saison où elle apparaît dans 2 ou 3 épisodes et on la revoit une ultime fois dans un épisode de la septième saison.

Jonathan est juste un peu plus qu'un figurant dans les 3 premières saison, a un épisode rien que pour lui dans la 4ème saison, revient en tant qu'ennemi tout au long de la saison 6, et fait quelques apparitions dans la saison 7.

On apprend que Spike a éliminé 2 tueuses dans School Hard (Saison 2 épisodes 3), dans Fool for love (Saison 5 épisode 7), on nous montre ces deux combats, et dans la saison 7, on apprend qu’une des tueuses était la mère d’un des nouveaux alliés de Buffy, ce qui débouche sur l’intrigue principale de Lies my parents told me (saison 7, épisode 17).

Quant au big bad de la septième saison, il a tout d’abord commencé par être le méchant du jour dans l’épisode Amends (saison 3, épisode 10). La liste n’est pas exhaustive et elle ne prend pas en compte les nombreux dialogues qui font références à des épisodes antérieurs (parfois vieux de 5 ou 6 ans).

En fait BTVS est une série qui se fait constamment référence et qui attend des spectateurs qu’ils n’oublient pas ce qui est arrivé les années précédentes.

 

Tous ces éléments servent de fils conducteurs et de points de repères dans l’univers qu’a crée Whedon. Ils offrent un cadre à l’intérieur duquel les personnages évoluent. Evidement un cadre peut aussi limiter l’action des personnages. Et ce n’est pas innocent si dans l’épisode finale, ce cadre est détruit. Buffy se libère du cadre de Sunnydale en même qu’elle se libère du cadre de sa destinée.

 
Par elimor - Publié dans : buffymusing
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