Il est difficile de passer à côté de la tonalité féministe de BTVS. Après tout, c'est pas tous les jours dans la culture populaire qu'on peut voir une femme sauver le monde grâce à ses supers pouvoirs (supers pouvoirs nettement plus volontiers attribués à des hommes). Si en plus la mission première de la super héroïne est de combattre les vampires, soit les prédateurs sexuels par excellence (la morsure d'un vampire est trop souvent codée comme un acte sexuel dans les œuvres qui leur sont consacrées, pour que la fait de mordre des victimes, par définition non consentantes, ne soit pas codé comme un viol), on a pas besoin d'être un génie pour comprendre que le thème du pouvoir des femmes est au centre de la série.
Dans BTVS, les personnages féminins marchent souvent sur des plates bandes réservées normalement aux hommes. Il y a de nombreux cas d'inversions des rôles traditionnels. Ca commence dès la première scène du premier épisode de la série, où l’on voit un couple d’ado qui s’aventurent de nuit dans les couloirs du lycée. L’atmosphère est inquiétante, et on s’attend à ce que la jeune fille soit bientôt poursuivie par un monstre. Surprise, la jeune fille (Darla) est le monstre et elle s’empresse de boire le sang du garçon et de le tuer.
Après il y a Buffy elle-même, bien sur, qui adopte un rôle la plupart du temps codé masculin. Pas tant dans le fait qu’elle soit une super héroïne finalement que dans la nature de ses pouvoirs. Après tout elle pourrait être une super sorcière comme le deviendra Willow, avoir des dons paranormaux (télékinésie, pouvoir déchaîner les éléments, un pouvoir sur le feu par exemple pourrait être très utile) mais non. Ses pouvoirs consistent essentiellement en une force physique hors du commun, une aptitude au combat et une habileté à manier les armes très au dessus de la moyenne. Les attributs classiques du guerrier en fait.
Ensuite il y a un personnage comme Faith, elle aussi une tueuse. En plus d’être une guerrière, la violence, la chasse l’excite. Elle aime ça. Elle est dominatrice. Tout comme les vampires qu’elle doit tuer, elle a tendance à être un prédateur sexuel et pas à la manière des femmes fatales. Elle ne séduit pas, elle s’impose.
A l’inverse, on a Xander, qui se retrouve souvent dans le rôle de la demoiselle en détresse. Il n’est d’aucune aide dans les combats et Buffy doit souvent le protéger ou le sauver.
Gilles, lui, a bien un rôle entièrement codé masculin, il est un mentor et un père de substitution. Et si Buffy doit venir à son secours de temps à autre, il sait se battre. Cependant ce n’est jamais en s’appuyant sur une quelconque autorité patriarcal qu’il éduque Buffy (de toute manière Buffy ne réagit pas bien à l’autorité). Leur relation est basé sur le respect, la confiance et le sens du devoir.
Cependant, le féminisme dans BTVS ne repose pas sur une simple inversion des rôles. Premièrement, parce qu’il est rare que l’inversion des rôles soit totale. Buffy, toute guerrière qu’elle soit, n’abandonne pas certaines préoccupations typiquement féminines dans les premières saisons comme faire du shopping, sortir avec ses amis ou trouver un petit ami. Plus tard, en prenant soin de Dawn elle endossera le rôle de mère (on peut pas faire plus féminin comme rôle). Dans sa relation avec Angel (tour à tour prince charmant ou monstre de la pire espèce), ce n’est pas forcément elle qui domine. Angel a parfois tendance à décider tout seul ce qui est le mieux pour eux deux. Xander, lui n’est pas tout le temps inutile dans les phases de combat. Il se retrouve avec des souvenirs militaires que seront déterminant à l’occasion (c’est lui qui a l’idée d’utiliser un lance rocket contre un démon ou qui dirige la troupe de lycéen lors de la remise des diplômes) et dans les dernières saisons il est l’homme de la maison (assez littéralement puisque son métier de maçon lui permet de réparer les nombreux dégâts que subit la maison des Summers). Spike, qui hérite d’une des inversions des rôles la plus choquante du buffyverse lorsqu’il se retrouve dans le rôle de la putain, n’abandonne cependant jamais sa nature de prédateur / chasseur (un prédateur pathétique avec cette hsitoire de puce, mais un prédateur quand même). Gilles qui n’use jamais de son autorité sur Buffy, n’hésite pas à s’en servir lorsque les intérêts de sa protégée sont en jeu (notamment face à Snyder lorsque ce dernier ne veut pas la réintégrer ou face à Spike à la fin de l’épisode Crush).
Ces inversions partielles sont certainement plus intéressantes que ne l’aurait été une inversion complète. Elles permettent une exploration de l’identité individuelle moins figée, qui ne repose plus seulement sur un type de comportement (masculin ou féminin) mais sur la possibilité d’adopter selon les situations un comportement codé féminin ou masculin. L’inversion partielle des rôles dans BTVS est une tentative de rendre la dualité homme / femme interne à chaque personnage, afin d’assouplir les frontières et les carcans de cette dualité.
Secondement, parce que dans la série, le féminisme repose beaucoup sur l’exploration de la relation des personnages féminins au pouvoir. Qui l’a, qui ne l’a pas, qui le veut, de quelle façon il est utilisé et dans quel mesure il est nécessaire. Buffy et Faith ont le pouvoir, Tara et Willow cherche à le conquérir, Anya commence par l’avoir, le perd, le retrouve pour le reperdre à nouveau et Dawn ne l’aura jamais (quoique que ce n’est pas vraiment exact).
Jusqu'à maintenant la plupart des thématiques féministes tournaient autour de la conquête du pouvoir par les femmes. Que ce soit le pouvoir sur elles mêmes (la possibilité de contrôler leur vie, de ne pas être asservies à la volonté des hommes) ou le pouvoir sur les autres (la possibilité d’influencer les autres que ce soit par des responsabilités envers un groupe ou une position de dirigeante). BTVS ne fait pas exception.
L’exemple le plus évident et certainement Tara. Tara est une sorcière, elle a toujours su qu’elle avait ce pouvoir, hérité de sa mère. Cependant sa famille (son père et son frère) ont voulu la garder complètement sous leur contrôle en déniant totalement que ce pouvoir pouvait être une bonne chose, en lui faisant croire qu’elle était un démon. Le problème de Tara n’était en fait pas tellement d’acquérir le pouvoir que de se servir de celui qui sommeillait en elle pour se détacher d’un environnement abusif. Pour Tara, comme pour beaucoup de femmes finalement, le problème n’est pas de savoir si elle a un pouvoir ou non mais de conquérir la possibilité de l’utiliser.
Willow a elle aussi un pouvoir qui sommeille en elle. Comme Tara, elle est une sorcière. Cependant, quand la série débute, elle ne le sait pas. Il faut attendre l’arrivée de Tara, lors de la quatrième saison pour qu’on se rende compte que Willow n’est pas en train d’acquérir un pouvoir mais qu’elle en train de découvrir le pouvoir qui est en elle. Tout comme pour Tara, le pouvoir de Willow fait partie de sa nature. Par contre la possibilité de l’exploiter à sa juste mesure fait partie de son apprentissage. Au départ, encore comme Tara, elle est surtout à la recherche du pouvoir sur elle-même. Elle veut pouvoir s’affirmer, être quelqu’un d’autre que la fille dont tout le monde se moque, prouver qu’elle n’est pas inutile et qu’il faut compter avec elle. Mais au fur et à mesure que son pouvoir grandit, elle dépasse sans vraiment s’en rendre compte le niveau du pouvoir sur elle-même pour atteindre le niveau du pouvoir sur les autres. Et c’est là que ca dérape. Elle a dépassé son but initial sans vraiment s’interroger sur les conséquences. Elle est tellement concentrer sur sa conquête du pouvoir qu’elle ne cherche pas à comprendre la nature du pouvoir. Du coup elle se laisse dominer (la magie devient une drogue) puis corrompre (Dark Willow) par le pouvoir. La conquête du pouvoir de Willow est rapide, le changement est trop brutal, elle brûle les étapes et ca fini dans une explosion de violence qui a faillit détruire de le monde. Un peu comme les révolutions. Les révolutions ne sont pas forcément une mauvaise idée, c’est parfois le seul moyen de faire enfin évoluer les choses, pour donner la première impulsion nécessaire au changement. Si les féministes n’avaient pas été radicales à un moment donné, on en serait encore au même point qu’il y a quelques décennies. Mais le radicalisme a ses limites, tout comme les révolutions. Si on ne fini pas par s’en détacher on arrive à une destruction aveugle et non pas à une évolution. Willow a été plutôt radicale dans sa façon de démontrer que le monde devait compter avec elle. Heureusement pour elle (et le Buffyverse) Xander a pu la stopper (au passage bien sur que c’est Xander et non pas Buffy qui doit stopper Willow. Si on continue avec la métaphore du féminisme, après avoir rejeter les hommes et tous ce qu’ils représentaient, il est temps que les féministes reconsidèrent la valeur qu’elles accordent aux hommes, soit quand même la moitié de l’humanité) et lui ouvrir la voie d’un chemin plus raisonnable. Un chemin où Willow ne perd pas le pouvoir qu’elle a conquis comme le prouve la fin de la septième saison. Elle a juste appris une autre façon d’envisager le pouvoir.
Dawn, Cordélia et Anya ont toutes les trois en commun de ne pas avoir un pouvoir qui leur permettent d’influencer la vie des autres. Et ce n’est pas spécialement un problème, car de toute manière la majorité des hommes n’ont pas ce pouvoir non plus. Par contre elles ont toutes les trois le pouvoir de contrôler leur vie. Je ne m’étendrais pas sur Cordélia car toute une partie de son développement se fait dans la série Angel plutôt que dans la série BTVS. Pour Dawn, élevée que par des femmes, qui plus est des femmes puissantes, ca lui vient tout naturellement en grandissant. C’est pour ca que dans Chosen, malgré le désaccord de Buffy, elle participe aux combats. Elle est assez grande pour prendre le contrôle sur sa vie, c’est donc à elle et non pas à sa sœur de décider si elle doit participer à cette bataille ou non. Lorsqu’ Anya est encore Anyanka, elle en est au même point que Willow à la fin de la saison 6. Elle a le pouvoir, mais elle s’est coupé de l’humanité. Elle se fait un devoir de venger des femmes bafouées mais elle ne fait que détruire. Puis malgré elle, elle perd son pouvoir. Forcée de renouer ses liens avec l’humanité, elle renoue des liens avec les hommes, en particulier Xander. A mesure qu’elle se recrée un image plus positive des hommes au travers de Xander (qu’elle consent à épouser) elle s’investit de plus ne plus dans la défense de l’humanité. Puis Xander la trahit et elle redevient un démon. Cependant quelque chose a changé en elle. La vengeance ne la satisfait plus comme avant. Et cette fois-ci elle choisit de renoncer à son pouvoir (sur les autres) pas à cause de sa connection à un seul homme, mais à cause des liens qu’elle a retissé avec l’humanité. Elle tourne le dos à son pouvoir car son pouvoir n’est que destruction. Au bout du compte ce n’est pas à cause de Xander qu’elle change complètement mais sans ce premier attachement positif à un homme elle n’aurait pas retrouvé son humanité.
Buffy et Faith, sont des tueuses. En tant que telles, elles ont le pouvoir. Normalement le conseil des observateurs (autorité patriarcal par excellence) a un pouvoir sur elles et décide de leur façon de mener leur vie (selon les règles des observateurs, une tueuse n’a en fait pas de vie en dehors de sa mission). Cependant elles sont trop puissantes pour ne pas se débarrasser de l’autorité du conseil très rapidement une fois qu’elles l’ont décidé. Elles n’ont pas à acquérir le pouvoir, elles n’ont pas à conquérir le pouvoir, le pouvoir est là. On a pas à se poser de question, elles l’ont aussi naturellement que pourrait l’avoir un homme. Ce n’est pas pour rien que Faith est le personnage féminin le plus codé masculin et que Buffy à la dualité interne masculine (la tueuse) / féminine (la jeune fille / femme) la plus développée. Avec ces deux personnages on s’éloigne de la thématique habituelle du féminisme, on passe à l’étape suivante : qu’est-ce que ca implique d’avoir le pouvoir, comment s’en servir ? Buffy et Faith commence là où Willow arrive lors de la septième saison.
Faith accueille ce pouvoir à bras ouvert et en profite le plus possible. Tout comme Willow, elle ne cherche à comprendre les conséquences de ce pouvoir. Mais où Willow avait l’excuse d’être trop concentrée sur sa conquête du pouvoir, Faith fait juste preuve de négligence et fini par abuser de son pouvoir. Faith ne fait pas preuve d’un comportement typiquement masculin ou féminin, elle fait juste preuve d’un comportement typiquement humain.
Buffy, elle, est plus circonspecte. Au début de la série, elle n’est pas sur d’en vouloir de ce pouvoir. Elle se rend compte que ca risque de rendre sa vie plus compliquée. Elle aurait tendance à penser que sa vie serait plus simple sans ce pouvoir. Peut-être moins intéressante mais plus simple. Tout comme on pourrait penser que la vie des femmes il y a un siècle était plus simple, moins intéressante mais plus simple. C’est pas franchement certain que ce soit vrai, parce qu’il y a des chances que ce soit plus facile de vivre quand on a un minimum de contrôle sur vie, mais qui dit contrôle dit choix, réflexions, décisions et responsabilités. Et il est vrai que parfois ca peut être pesant. Pour Buffy ce pouvoir signifie responsabilités pour elle-même, pour les autres et pour le monde, ce qui représente un poids certain. Cependant lorsqu’elle est menacée de perdre ce pouvoir (une première lorsque à cause Kendra dans What’s my line ? p1&2, la deuxième fois dans Helpless) elle se rend compte qu’elle y tient. Grâce à Kendra puis Faith, elle comprend que son choix n’est pas d’avoir ou non le pouvoir (de toute manière ce choix-là elle n’en veut pas réellement) mais parce qu’elle à un pouvoir inamovible elle peut choisir la façon de s’en servir. Elle apprend que parfois le plus dur ce n’est pas d’avoir le pouvoir mais d’avoir le courage et la volonté de s’en servir. Buffy n’est pas forte parce qu’elle a le pouvoir, elle est forte parce qu’elle a le courage de vivre avec. Le meilleure exemple est certainement la sixième saison. Buffy passe un an en dépression, l’ombre d’elle-même, elle ne sait plus comment vivre. Il y a même des moment où elle n’a plus la force de vivre. Pourtant elle n’a jamais perdu son pouvoir. Elle n’a jamais cessé d’être la tueuse. Elle a juste cessé d’être la jeune femme qui avait la force d’être la tueuse. En contrepartie, elle apprend dans la 7ème saison, qu’elle ne peut pas demander aux autres d’être aussi fortes qu’elle si elles n’ont pas au départ le même pouvoir qu’elle. Elle ne peut pas leur apprendre à être forte sans leur donner les moyens de l’être. Force et pouvoir ne sont pas la même chose. Mais c’est plus facile (et efficace) d’exprimer sa force si on a le pouvoir de le faire. Dernière leçon, mais ca Buffy l’a toujours su, elle l’a juste oublié un temps à cause des circonstances, une personne ne se résume pas à son pouvoir et à sa force. Une femme, une fois qu’elle a le pouvoir de se servir de sa force, n’est pas obligé d’en faire toujours étalage pour rester une femme forte. Il lui suffit de s’en servir au bon moment.
Comme le dit Buffy au début de la saison 7, c’est une question de pouvoir (It’s about power). Mais la question n’est plus tant de savoir qui l’a ou non que de savoir ce que les personnages vont en faire.
Et pour finir je passe à un sujet complètement différent. Avec mon dernier article j’ai eu mon premier commentaire. Ca me fait très plaisir mais je suis un peu embarrassée car je ne sais pas très bien quels sont les usages pour répondre aux commentaires. Comment peut-on pour créer un dialogue sur l’article plutôt qu’un échange de bons procédés ou chacun laisse un commentaire sur le blog de l’autre ?